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  • Rédaction AO

RYTHMES SCOLAIRES : NOTRE ENQUÊTE

La réforme des rythmes scolaires et surtout sa mise en application c'est un sujet que l'on sent particulièrement sensible et pas qu'à Arras. Un sujet en tous cas à ne pas traiter à la légère tout d'abord parce qu'il concerne les enfants et leur bien-être mais aussi parce-qu'il peut très vite, nous l'avons constaté, déchaîner des passions. Pour cette enquête nous avons donc pris le soin d'attendre plus d'un mois révolu, histoire de laisser le temps aux choses de bien se mettre en place. De la maternelle à la primaire, du nord au sud et de l'est à l'ouest d'Arras, nous avons pu échanger avec des parents, des représentants de parents d'élèves, des enseignants, des responsables d'établissements. Nous nous sommes assurés du sérieux et de la crédibilité de chaque témoignage et avons également posé nos questions à monsieur le Maire lors d'une conférence de presse puis rencontré ses collaborateurs. Un dossier complet, qui donne la parole à tous les acteurs concernés par la réforme des rythmes scolaires à Arras ! Une décision du ministre de l'éducation nationale, avant tout. Il est sans doute opportun de rappeler que les maires de France n'ont pas eu grand choix face à ce fameux décret n°2013-77 du 24 janvier 2013 (soit sorti à peine 8 mois après l'arrivée du ministre à son poste) et relatif à l'organisation du temps scolaire dans les écoles maternelles et élémentaires. C'était en gros -"ou je l'applique dès cette rentrée 2013, ou j'attend l'année prochaine dernier carat !". Dans le premier cas un maire disposait donc de 7 petits mois pour tout organiser et dans le second il ne disposera que... de 5 mois (n'oublions pas en effet que le second tour des municipales aura lieu le 30 mars 2014 et que les futurs maires ne sauront qu'il le sont que passée cette date !). A Arras, Frédéric Leturque a décidé de mettre en application les textes dès 2013 pour dit-il "ne pas avoir à étudier un dossier aussi délicat en pleine période de municipales". Le jeu de la patate chaude. Alors que Vincent Peillon vantait encore - le 2 octobre dernier - sa "bonne réforme incontestée" à l'issue d'une réunion (de crise ?) à l'Elysée, il en profitait aussi pour balancer la "patate chaude" aux collectivités locales : -"Des efforts dans le recrutement d'animateurs, sur l'encadrement, sur les locaux sont peut-être à envisager". Le ministre a tout dit. Mais voilà qu'après avoir modifié les rythmes scolaires des maternelles à la rentrée 2013 Vincent Peillon décide de mettre en place, le 10 octobre dernier, le Conseil Supérieur des Programmes (CSP) chargé de "réfléchir à une profonde refonte du programme de la maternelle", une refonte devant être apppliquée dès la rentrée 2014. Le ministre de l'éducation nationale modifie donc les horaires des enfants en 2013, avant de modifier le contenu de leur apprentissage en 2014 : La "patate chaude" n'a pas fini de tourner. Une réforme qui a eu de suite les faveurs de beaucoup d'Arrageois. Parmi les nombreux parents et enseignants que nous avons eu l'occasion de rencontrer dans le cadre de notre enquête, tous nous ont affirmé être dès le départ favorables à la réforme sensée apportée un peu d'oxygène dans les journées des enfants et tous étaient plutôt satisfaits qu'Arras s'inscrive en pionnière, parmi les 22% de communes Françaises ayant décidé d'appliquer le texte dès 2013. C'est donc sans aucun parti pris ni a priori qu'ils s'expriment sur la façon dont ils vivent les choses aujourd'hui. Monsieur le Maire, de son côté, nous a très gentiment proposé de suivre - sur rendez-vous - la "journée type" d'un élève dans l'établissement de notre choix mais nous avons décliné l'offre, préférant nous adresser directement aux premières personnes concernées plutôt que d'assister à une "visite guidée". Premiers grincements de dents.

L'euphorie de "l'effet nouveauté" passée et de multiples sujets dans les médias nationaux plus tard, retour à la réalité. Quelques semaines après sa mise en place, difficile de trouver des parents pleinement satisfaits par la réforme. Le 20 septembre dernier déjà, lors d'une conférence de presse, Frédéric Leturque demandait aux journalistes présents s'ils avaient eu des retours sur la réforme et recevra un bref "Les gens ne sont pas contents" de la part d'une consoeur. De notre côté nous faisions part "d'échanges virulents" lors d'une réunion datée de la veille dans une école primaire Arrageoise mais monsieur le Maire contestera fermement, préfèrant le terme de "débat nourri". -"Il ne s'est rien passé de particulier lors de cette réunion" nous indiquera même l'un de ses collaborateurs, après avoir téléphoné à "la personne en charge de ce secteur". Pourtant ça grince véritablement et les premiers reproches fusent déjà : "manque d'informations quant aux qualifications des encadrants", "fatigue des enfants", "activités TAP à l'intérêt discutable"... "Des encadrants sans visage" C'est un des reproches de ce parent d'un élève de maternelle -"Les encadrants qui animent les TAP n’ont aucun visage et nous devons faire une confiance aveugle en la mairie ! Nous ne demandons pas grand chose, au moins savoir qui s’occupe de nos enfants, savoir quelles qualifications ont ces personnes : Nous avons besoin d’être rassurés. Nous avons fait part de nos questions à notre référent, il avait promis d’y répondre mais rien. Je pense pour ma part que c’était une très bonne idée au départ mais nous ne devons plus rester dans l’inconnu ni poursuivre ainsi : Il va falloir une réaction très rapide si l’on veut que cette mesure retrouve sa vocation initiale !". Un autre parent d'élève de maternelle expliquera -"Nous avons demandé à notre référent si nous pouvions avoir un trombinoscope des intervenants TAP avec leurs noms et qualifications, il nous avait promis cela pour le 13 septembre et depuis plus de son ni d’image. Nous sommes en droit de savoir qui s’occupe de nos enfants : Quand nous les confions à un enseignant nous savons que c’est quelqu’un qui a un certain degré d’études, une expérience, une pédagogie. Des intervenants TAP, sans remettre en cause leurs éventuelles compétences, nous ne savons rien ! Est-ce normal ?". "Des enfants fatigués et bien trop sollicités" C'est le constat de ce responsable d'établissement qui, malgré son devoir de réserve, nous confiera : -"Il serait anormal de faire comme si tout allait bien alors que nous voyons tous les jours et sur le terrain que la mise en place de cette réforme est très difficile. Irritabilité, énervement, fatigue : Les enfants sont totalement désorientés et bien trop sollicités ! Imaginez un enfant qui va à la garderie du matin puis en classe. Ensuite il va manger dans un brouhaha inévitable puis il doit rester concentré pour les TAP, retourner en classe et éventuellement aller à la garderie du soir ! Pendant les TAP il entendra bien souvent -”Tais-toi !”, “Range-toi !”, “Ecoute !”, “Regarde !”. Ce n'est pas que du repos... Même si cette mesure partait d’un bon sentiment et que la ville d’Arras joue le jeu de la gratuité des activités je pense sincèrement qu’on a pris les choses à l’envers et qu’elle n’est pas du tout adaptée au rythme des enfants. J’ai un peu le sentiment que des “chronobiologistes” nous ont “pondu ça à leur sauce” sans vraiment se concerter avec ceux qui sont devant les enfants au quotidien : Encore une loi née juste pour en annuler une autre...". Une fatigue également relatée par cette maman : -"J'ai d'emblée été pour cette réforme mais aujourd'hui c'est une catastrophe ! C'était une bonne idée de vouloir alléger la semaine de travail des enfants mais on se retouve au final avec des journées plus denses qu'avant. Ni à Arras ni ailleurs aucun parent ne vous dira que son enfant est désormais en pleine forme le vendredi ! Les enfants sont épuisés et faire ce constat au bout d'un mois seulement avouez que c'est ennuyeux...". "Des activités à l'intérêt discutable"

Un enseignant nous expliquera "Les activités proposées font souvent doublon avec ce que nous faisons déjà ou prévoyons de faire en classe et n’apportent rien de plus ludique que ce qui se pratiquait jusqu’alors. Quand on sait qu’un enfant retient en moyenne 17% de ce qu’on lui a enseigné en une année on peut douter de l’intérêt réel de certaines activités !" Et cet autre parent de compléter -"Dans l’établissement (NDLR : Maternelle) où est scolarisé mon enfant les petits se retrouvent parfois à plus de cinquante dans une salle qui n’est pas du tout faite pour cela ! Et puis pour être franche, les ateliers ça ne les transcende pas nos enfants… Pourquoi ne pas avoir fait simplement un coin détente avec des coussins et des jeux puisque le but est qu’ils se reposent ? Quelle différence entre une activité TAP “peinture” et le temps “peinture” qu’ils faisaient déjà avec leur enseignant ? Nous avons évoqué tout cela avec notre “manager” local mais depuis on ne l’a pas revu" avant d'ajouter "Je sais très bien que la mairie a fait beaucoup d’efforts mais concrètement c’est un échec total et, pour en avoir discuté autour de moi, je sais que nous sommes globalement d’accord entre parents d’une école à l’autre". Le papa d'un petit garçon de primaire, nous dira aussi : -"J'ai pris l'habitude de demander à mon fils, comme je le fais pour les cours, si c'était bien les activités, ce qu'il avait fait de beau et si ça lui avait plu. Une fois il m'a répondu qu'il était resté assis tout le temps avec des copains car il y avait une expérience mais pas assez de place ou de temps pour tous y participer, une autre fois il m'a expliqué qu'en activité musique il avait passé son temps a taper dans ses mains puis sur ses genoux. Soit. J'ai posé la même question la semaine suivante et c'était la même réponse. Quand il a activité langues il est totalement incapable de me répéter des choses entendues ou évoquées quelques minutes auparavant seulement ! Du côté du sport, c'est du hockey pour le moment et à chaque fois le même rituel : Cinq plots, une crosse, une balle et les enfants passent à tour de rôle. Je ne suis pas défavorable à des activités ludiques mais pour le moment je ne vois vraiment pas ce que ça apporte à nos enfants ni comment mettre en place des activités réellement utiles en 45 minutes seulement... Sans compter le temps de regrouper les enfants, de préparer le matériel, de le ranger, etc... ! Si je laisse mon enfant inscrit aux TAP, pour être tout à fait honnête, c'est surtout parce que je n'ai pas la possibilité d'aller le rechercher à 15h45. Mais bon, on verra bien après les vacances si c'est juste des soucis de mise en route : J'espère vraiment que les TAP ça ne sera pas çà toute l'année !". LA MAIRIE RÉPOND À NOS QUESTIONS

Le 20 septembre 2013 le maire d'Arras déclarait -"Je suis très fier de ce que l'on a réalisé. Ce n'est pas facile, il y a de nouvelles équipes et des ajustements restent à faire. Un travail sur mesures est engagé mais nous sommes dans la concertation la plus totale avec les parents et l'éducation nationale". Le 15 octobre dernier, rencontre "en tête à têteS" avec le coeur de l'équipe municipale en tête du dossier : Evelyne Beaumont (Adjointe à l’éducation - Photo ci-contre), Fabrice Bailleul (Directeur général adjoint en charge de la cohésion sociale), Valérie Blouin (Directrice à l’éducation et à la réussite éducative) et Amélie Creton (Attachée de presse). Rien que quatre personnes pour nous tout seuls - dont trois acteurs majeurs dans la mise en place de la réforme à Arras - qui accepteront, pendant près de deux heures, de répondre à toutes nos questions et d'être confrontés aux témoignages que nous avons pu recueillir. Arras-Online > Pourquoi avoir mis en place cette réforme dès 2013 ? Evelyne Beaumont > Notre priorité a toujours été le bien-être de l’enfant et je suis convaincue que nous avons bien fait de mettre en place la réforme dès 2013. Il faut savoir que plus de 20% des enfants arrivent au collège sans maîtriser les connaissances de base ! Ca ne pouvait plus continuer comme cela. Nous avons donc mené une grande concertation avec l’éducation nationale et nous sommes fixés une ligne de conduite tout en tenant compte des besoins sociaux de nos concitoyens. La réforme des rythmes scolaires est un dispositif complémentaire à d’autres dispositifs comme le soutien scolaire et nous mettons tout en oeuvre pour que tout se passe le mieux possible. C’est un peu étonnant que le gouvernement ai décidé d'une telle réforme à l’aube des municipales ? Evelyne Beaumont > La réforme des rythmes scolaires est un sujet évidemment sensible et il est vrai que sa mise en place avant les prochaines municipales était un risque à prendre. L’appliquer en 2014 n’aurait fait que reculer les choses et nous avons décidé d’emblée de prendre le sujet à bras le corps avec la chance de pouvoir énormément échanger avec l’inspection académique dans le cadre d’une véritable collaboration. Arras-Online > Beaucoup de parents déplorent de ne pas savoir à qui sont confiés leurs enfants durant les TAP (Temps d'Activités Périscolaires). Certains auraient été rassurés par la présence d’un trombinoscope présentant le personnel encadrant et précisant leurs compétences. Fabrice Bailleul > La ville a fait un gros travail de recrutement et nous en sommes encore au stade de la stabilisation de nos équipes. Nous ne pouvons pas refaire des trombinoscopes chaque semaine ! Nous sommes dans une phase d’ajustement et de rodage mais sommes fiers de pouvoir proposer aujourd’hui un encadrant pour 10 enfants alors que le décret en impose un pour 14 enfants (NDLR : En maternelle). Arras-Online > Oui mais quand on dépose ses enfants à l’école on sait qu’ils seront pris à charge par des enseignants formés, pédagogues et sur lesquels on peut mettre un visage ! Evelyne Beaumont > Quand vous mettez vos enfants à l’école vous ne connaissez pas forcément les ATSEM qui vont aussi s’occuper d’eux ni même les personnes de la cantine et pourtant c’est aussi du personnel municipal ! Arras-Online > De nombreux parents et enseignants évoquent une grande fatigue des enfants. Qu’en pensez-vous ? Evelyne Beaumont > Il est normal qu’il y ait de la fatigue et il est temps que les vacances arrivent mais on ne peut pas tout mettre sur le compte de la réforme des rythmes scolaires. Cela fait six semaines que les enfants ont repris l’école et après deux mois de vacances ça représente déjà un gros bouleversement. Le changement de saison a lui aussi des répercussions et il serait prématuré d’expliquer cette fatigue uniquement par la réforme même si elle implique certainement des changements, y compris dans le corps humain. Arras-Online > Sport, langues étrangères,... Ca ne fatigue pas les enfants tout ça ? Vous ne trouvez pas que ça fait doublon avec ce que proposent déjà certains enseignants ?


Evelyne Beaumont > Quand on parle de langues étrangères il n’est pas question d’apprendre une langue aux enfants mais simplement de leur offrir une approche d’autres cultures, d’autres sonorités, d’autres couleurs et traditions. C’est juste une découverte. Fabrice Bailleul > Pour le sport c’est la même chose. Le but n’est pas de faire de la compétition et quand on parle de sport on pense davantage à la notion de motricité, de détente, avec un temps dédié à la relaxation et à la respiration. Les modules vont eux aussi évoluer comme l’atelier BAOPAO, un instrument de musique futuriste un peu dans l’esprit Jean-Michel Jarre et que les enfants pourront actionner avec le seul mouvement de leurs mains. Il y aura aussi de la sophrologie et des activités de substitution comme le jeu de Go en cas de pluie. Nous étudions également des activités comme la mise en place d’une visite virtuelle du château de Versailles en visio conférence avec un conférencier sur place. Arras-Online > Que pouvez-vous dire à toutes ces personnes que nous avons rencontrées et qui évoquent un réel sentiment de malaise face à cette réforme des rythmes scolaires ? Evelyne Beaumont > Notre travail a toujours consisté à veiller à la sécurité et au bien être des enfants tout en leur permettant de bénéficier d’un apprentissage efficace. Nous opérons une gestion chirurgicale de la mise en place de la réforme, école par école car chaque établissement et chaque quartier a sa spécificité. Il n’y a aucune autosatisfaction de notre part et je sais qu’il y aura des ajustements à mener dans la concertation, y compris avec notre personnel. Les parents sont quant à eux invités à assister au TAP s'ils le souhaitent. Fabrice Bailleul > Nous avons également tout fait pour faciliter le quotidien des parents avec un système de garderie gratuite. Le mercredi les enfants peuvent aussi rester à la cantine ou aller à la base de loisirs grâce aux navettes que nous avons mis en place. Sur les cinq scénarios qui s'offraient à nous au départ nous pensons avoir retenu le meilleur car il tient compte du fait que la concentration chez l'enfant est plus favorable le matin et qu'elle est sollicitée sur un temps plus court. Il y aura encore des améliorations et des ajustements à apporter car chaque école, chaque quartier a sa spécificité mais c'est ensemble qu'on avancera. UN DÉBAT LOIN D'ÊTRE CLOS Les inquiétudes des parents et des enseignants que nous avons rencontrés sont biens réelles et si la ville d'Arras a manifestement beaucoup travaillé son sujet, des "couacs" subsistaient encore à l'aube des vacances scolaires. Cela peut s'expliquer notamment par le fait que 70% des maternelles et primaires (soit 1840 enfants) participent déjà aux TAP, perturbant alors toutes les prévisions puisque monsieur le Maire ne pensait atteindre les 50% d'inscrits qu'au bout de quelques mois. Il faudra donc certainement encore attendre un peu pour voir si les "ajustements" et autres "gestions chirurgicales" annoncés par la mairie porteront leurs fruits et suffiront à rassurer les parents et à répondre à leurs attentes. A suivre donc ! Du côté du coût de la mesure Frédéric Leturque a répondu avec vigueur à la question que nous posions dans un précédent article : -"L'éducation est pour moi un enjeu majeur et la priorité de mon mandat est de participer à la réussite des enfants mais il n'y aura pas d'augmentation d'impôts suite à la mise en place de la réforme des rythmes scolaires à Arras". C'est dit !

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